Bucarest, la surprenante capitale

 

Chers toutes et tous, je me suis rendue la semaine du 30 mars 2016 à Bucarest accompagnée par l’artiste Elisabeth Blanchet, membre d’honneur de l’Association Française Orphelins de Roumanie. Nous étions invitées pour l’exposition de son travail photographique à l’Institut Culturel Roumain et pour présenter le film documentaire « L’enfant du diable » réalisé par Ursula Wernly Fergui (52min / 2014).

 

En route pour Bucarest

 

Après une longue journée de voyage (levée à 4 h du matin pour prendre mon train jusqu’à Bordeaux et un transfert en bus jusqu’à l’aéroport), je décolle enfin à 14 h, avec 1h de retard, pour Istanbul.

 

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Fresque à l’aéroport de Bordeaux © M. L. R. D.

 

Ouf !!! l’embarquement commence, j’arrive à temps pour mon prochain vol jusqu’à Bucarest. L’avion atterrit à 20 h (19h en France) à l’aéroport Henri Coanda. Elisabeth m’attend au café, nous trinquons à notre arrivée avec une bonne bière « Ursus ». En effet,  vous ne pourrez pas passer à côté,  la Roumanie a ses marques traditionnelles : la Ciuc, la Ursus (la meilleure et que l’on ne trouve pas partout), la Timisoreana (fabriquée à Timisoara), et la Silva qui se retrouvent partout !!!!

 

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La reine des bières © E. Blanchet

 

Nous décidons de rejoindre notre hôtel en taxi. L’avantage à Bucarest, c’est qu’on peut trouver des taxis partout (ou presque) et à n’importe quelle heure. Il faut toujours prendre un taxi jaune avec les tarifs marqués sur les portes, et ne pas hésiter à demander les tarifs au chauffeur avant de monter dans le véhicule, car voyant que nous sommes des touristes, ils n’hésiteront pas à augmenter le prix. A travers mes différents voyages j’ai trouvé que l’intérieur des taxis reflétaient la personnalité du chauffeur. Je me suis souvent crue dans une sacrée église orthodoxe mobile pleines de croix, d’icônes, etc. Et là, c’est la stupéfaction ! nous tombons sur un chauffeur collectionneur de voitures miniatures. Son tableau de bord (au grand bonheur d’Elisabeth) est un véritable musée de voitures majorettes jusqu’au taximètre.

 

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Tableau de bord d’un taxi a Bucarest © M.L.R.D.

 

Dans les taxis Bucarestois, j’ai remarqué, qu’on trouve rarement la ceinture, soit parce qu’elle a été enlevée, soit parce qu’elle sert plutôt comme élément décoratif. D’ailleurs, c’est à se demander si mettre sa ceinture dans un taxi est considéré comme un affront, comme si on ne faisait pas confiance au conducteur !!!!! Enfin, le chauffeur de taxi m’impressionne toujours car il fait une multitude de gestes dans un temps record : il met la musique à fond, téléphone, mange, rentre les données sur son ou ses GPS, fume, ouvre la fenêtre, klaxon et bavarde en même temps comme si c’était ton ami et adopte une conduite sportive locale avec sa dacia.

Bine ați venit în România !!!!! Hopa hopa

Arrivées à notre bel hôtel qu’Elisabeth a pris le soin de réserver, nous déposons nos petites valises et partons dans la vieille ville nous restaurer.

Le lendemain, à 11h, j’ai rendez-vous avec le service adoption de la protection de l’enfance qui se trouve sur le même boulevard que notre hôtel. Merci Elisabeth !!!!

Nous avons été reçues par trois personnes travaillant dans le service : deux qui s’occupent de la recherche des origines et une conseillère juridique. Une des trois parlait parfaitement le français. Nous avons été très bien accueillies. Mes objectifs principaux étaient de présenter l’Association Française Orphelins de Roumanie, ainsi que ses missions et de donner en main propre plusieurs dossiers d’adoptés (constitués par leur grand soin) qui sont en quête de réponses sur leurs origines.

 

Institut culturel Roumain

 

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Institut Culturel Roumain à Bucarest © M. L. R. D. 

 

Nous avons été invitées à participer à l’événement « Orfanii lui CeauÈ™escu după 20 de ani » organisé par l’ONG FEDEREII en partenariat avec l’Institut Culturel Roumain et Max Blecher Maison d’édition. Nous étions entourées de plusieurs invités dans le but d’échanger sur les livres, les poèmes présentés, la projection de documentaires et le travail d’Elisabeth sur les orphelins de Poprican.

 

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« Les Orphelins de Ceausescu 20 ans après », 30 mars 2016 à Bucarest © Federeii

Nous avons rencontré :

  • Daniel Rucareanu, Président de l’ONG FEDEREII créée en 2015 par d’anciens orphelins, qui affichent leur passé sans honte et sont aujourd’hui des modèles de réussite.  L’objectif de l’association est de donner la parole à ceux qui ont été réduits au silence étant enfants, et que leurs souffrances soient reconnues. Dan est un homme discret de 38 ans et compare son histoire au conte pour enfants écrit par Hans Christian Andersen « le vilain petit canard ». En effet, rejeté par sa famille (sa mère et ses frères et sÅ“urs), il fuit sa maison à 6 ans pour échapper aux violences familiales.  Il a vécu un an dans la rue, puis a été placé dans deux institutions.  Il a rencontré par la suite un couple qui l’a ‘aidé et qui a cru en lui. Revenant de très loin, Dan est père de deux garçons, et diplômé de l’Ecole Nationale de l’Administration roumaine. Il travaille au secrétariat général du gouvernement.
  • Nicolae Avram, né en 1966, est l’ancien pensionnaire d’un orphelinat, devenu poète. Il est l’auteur d’un recueil appelé  » Federeii, » synonyme de « déchetterie ». En effet, Federeii était le nom donné aux enfants d’un orphelinat du nord du pays au temps du communisme. Dans ce recueil,  Nicolae Avram suit plusieurs personnages en décrivant l’atrocité et la diabolisation, aiguë et authentique, que les enfants abandonnés ont subi dans l’orphelinat. Nicolae Avram est diplômé en droit et membre de la Société des écrivains de Bistrita-Nasaud.
  • Claudiu Komartin est un jeune poète et traducteur Roumain contemporain. Depuis 2010, il est rédacteur en chef de « Poesis international » dans la maison d’édition Max Blecher. Il a traduit de la poésie et de la prose en français, anglais et italien.

 

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Nicolae Avram, Claudiu Komartin, Elisabeth Blanchet, Marion Le Roy Dagen, Daniel Rucareanu et Ana Barton « Orphelins de Roumanie 20 ans après »Â Â© Institutul Cultural Român 

 

Nous avons eu le privilège de rencontrer beaucoup de personnes, ce fut un bel événement. J’ai eu la chance d’échanger quelques mots avec des orphelins (notamment Chris) qui n’a pas été adopté, et a grandi dans un orphelinat dans le secteur 3. Aujourd’hui, il est infirmier et travaille dans un centre pour les sans-abris. Il me raconte qu’il a trouvé sa famille biologique, sa mère biologique et ses 7 frères et soeurs. Chris a été le seul a être placé en institution. J‘accueille ses compliments et ses impressions : le film l’a touché, et il retrouve des questions et des situations qu’il a vécu suite à la découverte de sa famille biologique. Comme quoi, la quête des origines est commune à tous les orphelins adoptés ou non !

 

Visite de Bucarest

 

En effet, j’étais retournée pour la première fois dans la capitale en septembre 2014. Je n’avais pas gardé une très bon souvenir de cette ville. Je me rappelle d’une ville avec une ambiance pesante, restes des années Ceausescu, qui souffre de la circulation, de l’omniprésence des publicités, des immeubles en ruines et des câbles électriques qui pendouillent.  Malgré ce bordel généralisé, où tout semble aller vite, c’était un chaos émotionnel, un tourbillon d’impressions, d’images,  de saveurs, de rencontres, de sons et de souvenirs qui se sont bousculés dans ma tête.

Grâce à Elisabeth et beaucoup de marche, j’ai pu mieux découvrir « le petit Paris des Balkans » qui vaut grandement le détour. Certes, il n’est pas toujours facile de supporter son vacarme, sa pollution, le stress de ses habitants, le gris de ses immeubles communistes… mais en dépit de multiples travaux et de rénovations, Bucarest s’éveille ! Quelle agréable surprise ! Cette capitale a des allures de Soho avec des cafés originaux et des concepts stores. Nous avons eu un temps formidable pour dénicher ses trésors, ses petits coins où finalement on se sent très bien.

Voici quelques adresses sympas pour les futurs voyageurs dans la capitale Roumaine, qui est la moins chères des capitales Européennes :

Après de bonnes nuits de sommeil, nous sommes allés boire un café, et un thé au French Baker Coffee qui est un joli endroit à l’ambiance française près de notre hôtel.

 

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French Baker Coffee à Bucarest © M. L. R. D.

 

Au centre de Bucarest : La terrasse très chaleureuse de la Trattoria Buongiorno autour d’un bon sauvignon et d’une très bonne salade. L’ambiance était agréable et la nourriture était bonne.

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Trattoria Buongiorno © M. L. R. D.

 

Le soir nous sommes allées à l’incontournable « Caru’ cu ber »e (le chariot à Bière), institution de Bucarest dont le décor de style « art nouveau » est l’un des rares exemples de construction néogothique de Bucarest. L’intérieur rappelle les brasseries allemandes, mais se distingue par le raffinement de ses vitraux et de ses lambris.

 

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Caru’ cu Bere à Bucarest © M. L. R. D. 

 

Rencontres

 

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Elisabeth Blanchet avec Daniel Rucareanu pour une interview © M. L. R. D. 

 

Pendant ce temps, je rencontrai Ana Muntain, qui est chercheuse à l’université de Timisoara. Ce fut encore une incroyable et très belle rencontre.

Elle nous propose de participer à un colloque prévu le 1 et et 2 juin à Timisaora « Tineri Români AdoptaÈ›i pe ÃŽntreg Mapamondul ».

La conférence est destinée à tous ceux qui sont intéressés ou impliqués dans l’adoption. Trois sections d’ateliers auront lieu pour :

  • les jeunes adoptés ;
  • Les parents adoptifs, les enfants et les parents adoptifs attestés pour adoption ;
  • Les professionnels, les chercheurs et les universitaires.

En fonction du nombre de participants, le nombre de sections thématiques peut augmenter. D’autre part, les participants représentant une section particulière seront libres de participer de façon ponctuelle au travail des autres sections.

Dans le cadre de ce colloque, leur équipe met en place un questionnaire pour les personnes adoptées à l’international nées en Roumanie.

 

Parmi mes nombreuses rencontres, j’ai pu également donner une interview à Roxana Garaiman pour le site d’information roumain Pressone. Ce fut ainsi l’occasion de sensibiliser le public roumain aux difficultés qui touchent les personnes adoptées adultes, et notamment ce besoin de revenir dans le pays qui les a vu naître pour retrouver leurs familles biologiques et comprendre leur histoire.

 

Retour de Bucarest !

 

Pour résumer ce voyage, bien souvent, en Roumanie, rien ne se passe comme on l’avait prévu, mais au final, les choses rentrent dans l’ordre et généralement se passent encore mieux ! Ceci est valable pour les déplacements, mais aussi pour les reportages et les rendez-vous. Il y aura toujours une personne bienveillante pour m’aider, m’indiquer le chemin, me traduire une phrase…

 

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Lianes électriques à Bucarest © M. L. R. D. 

 

En Roumanie tout est possible et je crois  qu’on peut déplacer des montagnes. Par contre, des actions banales peuvent prendre des proportions énormes et c’est vrai !!!!!

Ce qui résume bien la Roumanie c’est cette expression que j’aime particulièrement : « sa rezolva », qui signifie que « d’une façon ou d’une autre, avec plein d’imprévus et l’aide de quelqu’un de sympathique que tu ne connais pas, tout ira bien ». 

Jour de départ, mais ce n’est pas la fin du voyage ! Je pars à 10h du matin de Bucarest pour Istanbul. A côté de moi est assis un charmant roumain parlant parfaitement français : Dan, ingénieur dans l’électronique. Un long voyage l’attend car il part à Miami pour rejoindre une compagnie de croisière navale où il va travailler plusieurs mois.

Au cours de notre conversation, il m’apprend que l’acteur français Francois Berléand est à la recherche de ses origines Moldaves. Ce sujet a été médiatisé en Roumanie car il tourne un film documentaire…

Ainsi, au détour de cette conversation, je repars avec un peu de Roumanie en France…

Marion

 

En savoir plus :

« Marion, « L’enfant du Diable » » : http://orphelinsderoumanie.org/marion-lenfant-du-diable/

« Elisabeth Blanchet : la photographe des orphelins » : http://orphelinsderoumanie.org/elisabeth-blanchet-la-photographe-des-orphelins/

L’article en roumain de Roxana Garaiman, « Marion, nascuta Mariuca », Pressone, 01-04-2016, URL : https://pressone.ro/marion-nascuta-mariuca/

L’article sur « Caru’ cu bere » de JMC sur « Le blog Mon voyage en Roumanie » : http://www.monvoyageenroumanie.com/blog/le-caru-cu-berea-bucarest/

L’article de François Berléand à la recherche de ses origines moldaves : http://www.moldavie.fr/spip.php?article2778

L’article d’Ana Barton qui est écrivain : http://www.anabarton.ro/federeii/

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  • Au sujet des: « Lianes électriques à Bucarest © M. L. R. D. ».
    La verite est que plus de 85 % de ces « lianes » ne sot pas electriques mais de fils de fibre optique, pour conexion des ordinateurs a l’internet. Les compagnies ont prefere ce systeme de montage qui est pas cher, sans utiliser le reseau souterraine de la ville (Bucharest City Network) qui coute plus cher…

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